10 – Convoyeur de vies humaines : la figure du passeur

Le franchissement des Pyrénées nécessite pour les fugitifs l’intervention de spécialistes du passage et de la montagne : les passeurs.
Contrebandiers, bergers, ouvriers en chantiers d’altitude, immigrés espagnols ayant fuit la guerre civile : tous ont en commun une excellente connaissance de la montagne et de ses dangers, et jouissent d’une parfaite condition physique.

C’est qu’il est nécessaire d’allier toutes ces qualités à un grand sang-froid pour déjouer les contrôles de la Wehrmacht et la Grenzeschutz (douane) qui quadrillent les zones montagneuses par une série de postes de surveillance au niveau des cols, dans les villages frontaliers, au départ des sentiers, sur les ponts et à l’arrivée des principaux axes de communication. De plus, les rondes des multiples patrouilles (changeant régulièrement d’horaires et d’itinéraires), et les vols d’avions espions qui renseignent les troupes au sol sur les positions des caravanes nécessitent une vigilance de tous les instants.

Les passeurs, par les risques extrêmes qu’ils encourent, demeurent un maillon au coeur de la bataille des Pyrénées. Ils furent nombreux à payer leur engagement du prix du sang.
Emilienne Eychenne a ainsi comptabilisé près de 2 500 passeurs sur la chaîne Pyrénéenne. 350 d’entre eux auraient été déportés (137 ne revinrent pas des camps de la mort), une douzaine d’autres auraient été fusillés ou seraient morts en opération.

Zoom sur : la légende noire des passeurs

Au-delà de la figure héroïque demeure une “légende noire des passeurs”.
Selon Emilienne Eychenne, trois principaux critères, attestés dans la littérature et les témoignages, ont contribué à forger cette réputation sulfureuse : méconnaissance des itinéraires, abandon de groupes en pleine montagne avec de mauvaises indications, et vente de ravitaillement ou d’une course à prix démesuré. Il est vrai qu’à la lueur de ces critères, il est facile de trouver au moins un passeur en délicatesse par département.
Alors, les passeurs, traîtres et opportunistes ? Laissons l’historien Thomas Ferrer conclure : “ni tout noir, ni tout blanc, le tableau est gris clair, les événements dramatiques réveillant en l’homme à la fois le pire et le meilleur… » 

Transportador de vidas humanas : la figura del pasador

Para cruzar los Pirineos, los fugitivos necesitan la intervención de especialistas del paso y de la montaña: los pasadores.
Contrabandistas, pastores, obreros de alta montaña, inmigrantes españoles que huyeron de la guerra civil: todos tienen en común un excelente conocimiento de la montaña y de sus peligros, y gozan de una perfecta condición física.

Es necesario combinar todas estas cualidades con gran sangre fría para eludir los controles de la Wehrmacht y la Grenzeschutz (aduana) que cubren las zonas montañosas con una serie de puestos de vigilancia en los puertos, los pueblos fronterizos, los puentes, el inicio de los senderos y el punto de llegada de los principales ejes de comunicación. Además, las rondas de múltiples patrullas (que cambian regularmente de horarios e itinerarios), y los vuelos de aviones espías que informan a las tropas terrestres sobre las posiciones de las caravanas, necesitan una constante vigilancia.

Los pasadores, por los riesgos extremos que corren, son un eslabón crucial en el corazón de la batalla de los Pirineos. Muchos de ellos pagaron su compromiso con el precio de la sangre.
Emilienne Eychenne contabilizó cerca de 2.500 pasadores en la cadena pirenaica, de los que 350 habrían sido deportados (137 no regresaron de los campos de la muerte), una docena más habrían sido fusilados o habrían muerto en operaciones.

Zoom en : la leyenda negra de los pasadores

Más allá de la figura heroica existe una « leyenda negra de los pasadores ».
Según Emilienne Eychenne, tres criterios principales, atestiguados en la literatura y los testimonios, contribuyeron a forjar esta reputación sulfurosa: desconocimiento de las rutas, abandono de grupos en plena montaña con indicaciones erradas, y venta de abastecimientos o de pasos a precios desmesurados. A la luz de estos criterios, claro que es fácil encontrar al menos un pasador sin escrúpulos por departamento.
Entonces, ¿ Son los pasadores traidores y oportunistas ? El historiador Thomas Ferrer concluye: « ni negro, ni blanco, el cuadro es gris claro, los acontecimientos dramáticos despiertan en el hombre tanto lo peor como lo mejor… »

Conveyor of human lives: the figure of the smuggler

The crossing of the Pyrenees requires for the fugitives the intervention of specialists of the crossing and of the mountains: the smugglers.

Smugglers, shepherds, workers in high altitude construction sites, Spanish immigrants who fled the civil war: all of them have in common an excellent knowledge of the mountains and its dangers, and enjoy a perfect physical condition.

It is necessary to combine all these qualities with great composure in order to thwart the controls of the Wehrmacht and the Grenzeschutz (customs), which patrolled the mountainous areas with a series of surveillance posts at the passes, in the border villages, at the start of the trails, on the bridges and at the arrival of the main communication routes. In addition, the rounds of the multiple patrols (regularly changing schedules and routes), and the flights of spy planes that inform the troops on the ground about the positions of the caravans require constant vigilance. The smugglers, because of the extreme risks they run, remain a link in the heart of the battle of the Pyrenees. They were numerous to pay for their commitment with blood money.
Emilienne Eychenne has counted nearly 2,500 smugglers in the Pyrenean chain. 350 of them were deported (137 did not return from the death camps), a dozen others were shot or died in operations.

Focus on: the black legend of the smugglers

Beyond the heroic figure remains a « black legend of the smugglers ». According to Emilienne Eychenne, three main criteria, attested in literature and testimonies, have contributed to forge this sulphurous reputation: lack of knowledge of the routes, abandoning groups in the middle of the mountains with bad indications, and selling supplies or a race at an inordinate price. It is true that in the light of these criteria, it is easy to find at least one smuggler in trouble per department. So, are the smugglers traitors and opportunists? Let’s let the historian Thomas Ferrer conclude: « neither all black, nor all white, the picture is light gray, the dramatic events awakening in man both the worst and the best…  »